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Cher toi, 

Je sais, mon doux ange, j'ai trop tardé à t'écrire à nouveau... Pardonne moi. Je n'ai aucune excuse, mais peut être juste une explication. J'espère que malgré ton jeune âge encore irréel, fruit de mes désirs, tu comprendras.

Ces temps ci, ta maman et moi avons été beaucoup préoccupés. Depuis quelques mois, notre existence a été chamboulée, notre horizon se modifie, notre avenir ne cesse de se faire et se défaire et par voie de conséquence, le tien également. Désormais, nous aspirons à une réelle et absolue stabilité...

Et tous ces ballotements, toutes ces turbulences ont tendance à influer sur ta survenance...

Perds je espoir ? Parfois, oui, je l'avoue... Cet optimisme absolument infaillible qui m'étreignait jusqu'alors tend à s'effriter quelques fois. J'envisage désormais que tu puisses ne jamais être. Et, le plus douloureux est que, si cette pensée m'était auparavant insupportable, si continuer ma vie sans toi me semblait totalement impossible, ma vision est, chaque jour avançant, quelque peu différente : j'entrevois avec une profonde amertume que mon existence puisse se poursuivre sans toi. Le manque serait évidemment profond, mon besoin à jamais insatisfait pèserait terriblement sur le cours de cette vie, aurait cet intense et éternel éclat ténébreux au fond de mon âme, au fond de mon coeur. Mais il en serait ainsi...

Ah, mon doux ange, pardonne moi pour cet espoir défaillant... Mais, sois rassuré, il n'est pas totalement mort, mon optimisme demeure, la croyance que la Vie nous offrira ce cadeau – toi – m'étreint toujours ! Je reste profondément, absolument persuadé qu'un jour ton doux premier cri retentira !

Je sais, cela semble bien paradoxal, contradictoire... Mais, avec le temps, apprendras tu sûrement, que ton papa n'est qu'une succession de paradoxes ! Peut être le seras tu également. Mais je ne l'espère pas. Je préférerais que tu tiennes bien d'avantage de ta maman que de moi. Tout ce que j'ai à t'offrir d'innée, ne pourrait que te léser. Quant à l'acquis, j'espère que tout mon amour suffira...

 

Je débutais ces mots en expliquant à quel point nos vies étaient sans dessus, dessous. Mais ma propre vie l'est plus encore, actuellement. Des évènements, dont ta maman ignore absolument tout, ont infiniment remis en cause tous mes principes, tout ce que je croyais être vrai, m'ont mué en un être, dont je ne soupçonnais l'existence en moi.

A toi, qui n'es encore, je peux tout dire, mais ta maman, elle, ne le saura jamais. Ton papa n'est qu'un lâche...

Mon coeur s'est épris d'une autre que ta maman, malgré moi... Jamais n'avais je songé que cela puisse se produire. Tu sauras que la vie n'est qu'une succession de surprises, parfois belles, parfois douloureuses. Et celle ci est à la fois belle et douloureuse... Belle car ce qui flamboie en moi est d'un enivrant délice, car la complicité si intense qui nous étreint elle, l'objet de tout ce désir, et moi est un exquis envoutement. Douloureuse, car tous ces ressentis sont terriblement culpabilisants, m'incitent à mentir à ta maman sur l'étendu de mes sentiments pour cette femme qui me trouble tant, crée comme une double vie.

Pourtant, aucun geste, aucun comportement ne se sont réellement produits...

Tu sauras, bien trop rapidement à mon goût, que lorsque deux personnes éprouvent de tels sentiments, quelque chose d'irrésistible les pousse l'un vers l'autre, les mène à avoir des gestes très intimes, à échanger des baisers, des caresses, à s'enlacer et à avoir des comportements que je ne peux décemment préciser à ton jeune âge quoiqu'encore irréel. Oh, au départ, la simple pensée de cette intimité te dégouttera mais, tôt ou tard, elle t'attirera, sois en certain !

Et si ces gestes si intimes nous tentent infiniment, elle et moi, ils ne se sont jamais produits et ne se produiront certainement jamais, nos deux Raisons jugulant nos désirs réciproques, nos consciences nous rappelant sans cesse que nos conjoints respectifs nous attendent dans nos foyers. Oui, l'un comme l'autre éprouvons nous toujours ce même amour pour celle et celui qui partage nos vies.

Tu apprendras bien rapidement que le coeur des Hommes est infini : il peut éprouver une infinité de sentiments, avec plus ou moins d'intensité, de manière plus ou moins différente, pour une infinité d'êtres. Et tel est ce qu'il se produit actuellement : j'aime ta maman, plus que tout, comme jamais je ne l'ai aimée. Pourtant, je ressens cette attirance quasiment irrésistible, ce désir chaque jour plus grand pour cette jeune femme...

Une chanson, que tu ne connaitras sûrement pas car tu la considéreras « ringarde », dit : « les histoires d'amour finissent mal, en général... » A l'évidence, cette histoire finira mal, quelle qu'en soit l'issue. Fatalement elle provoquera des souffrances, des douleurs, des mélancolies, des tristesses. Le dénouement le plus probable: un éloignement de ce lien immoral quasi adultère et peut être sa rupture, provoquera assurément une plaie béante au fond de mon coeur, qui ne cicatrisera jamais, car jamais ne désirerai je qu'il en soit ainsi.

Sache que quel que soit le bonheur que tu puisses vivre, quel qu'en soit l'origine, aussi honteusement immorale et culpabilisante soit elle, il te faudra coûte que coûte en conserver une trace éternelle au fond de ton être ! Ces instants de bonheur peuvent être parfois rare, alors vis les intensément et ne les oublie jamais !

 

Pourquoi te raconte je tout ceci? Songeras tu.

Peut être, simplement, afin que tu puisses connaître celui que je suis réellement, dans mes bons et mes mauvais côtés, ce même si je suis incapable de te l'exprimer ouvertement par de réelles paroles. Ton grand père est déjà ainsi. Je n'ai jamais su qui il était au fond de lui car il n'a jamais pu l'exprimer. Je ne veux pas renouveler cela avec toi, mon doux ange...

 

J'aimerais tant pouvoir te serrer tendrement dans mes bras, contempler ta jolie frimousse endormie, sourire au moindre de tes gestes, de tes découvertes, te dorloter, te câliner... Vivement que tu sois enfin auprès de moi, auprès de nous !

 

Je t'embrasse tendrement, mon doux ange.

 

Ton papa